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Erwin schrijft

Erwin schrijft

Verhalen in een notendop, confessies uit de boudoir, curiositeiten, statements, woede en liefde.

Je te rends mon amour

A cette heure tardive où j’ai parcouru tous les bars de la ville, je rentre, saoulé aux plus mauvais alcools, marqué par quelques rencontres furtives, le corps fatigué et abîmé. Je file dans ma chambre, notre chambre qui est devenue la mienne malgré moi. Cette chambre qui est devenu un bon débarras, la cage du chien qu’on ne veut pas qu’il salisses le salon. Ce chien qui pue puisqu’on ne s’en occupe plus. Cette chambre, cette dernière pièce dans l’appartement au fond du couloir sans couleurs, cette pièce où l’on met tout ce qui gêne, tout ce qu’on ne veut pas voir ni montrer. Cette pièce au fond où l’on jette le linge sale, où l’on entasse les vieux journaux et les papiers pour la poubelle, des magazines jamais lus, de vieux livres couverts de poussière. Cette chambre où l’on pose le repassage et où tout est devenu sans vie sans âme.


Notre chambre qui est devenu chambre-annexe, une pièce en plus, une pièce de trop, une pièce à ne pas y être. Dans cette chambre où tu m’as relégué, jeté et rejeté, quitté et abandonné ; cette chambre où il y a le grand lit, le nôtre, notre lit auquel tu tenais si fort, symbole de notre désir d’y dormir à deux et y bâtir nos envies ; ce lit dont tu prenais soin que les invités y posaient leur vêtements et qu’ils voyaient notre petite île de désir, tu enlevais les plis de la couverture, comme pour montrer que notre amour était sans tempête, tu allumais une petite lampe, juste un éclairage discret pour montrer mais sans dévoiler ni partager notre intimité ; sur ce lit tu voulais leur dire : on s’aime, c’est chez nous, c’est rassurant d’y être; tu voulais leur montrer notre amour et c’est impressionnant de montrer sa chambre, ça gêne peut-être quelques invités mais ça leur met aussi en confiance ; ce lit-là que tu as déserté, que tu as rendu froid et désert, que tu as trompé, corrompu, mal traité, où tu as inventé tes mensonges, où tu as oublié le respect pour l’autre. Ce lit-là, dans cette chambre donnant sur une belle cour fleurie, où tu m’as envoyé en vomissant ton mal-être, tes fausses certitudes, tes mensonges interminables, tes pitoyables faiblesses, tes airs de « il-vaut-mieux-ne-plus-dormir-ensemble », tes conneries pures, ta lâcheté ; ce lieu-là est devenu sources de toutes mes angoisses.


Tout ça en rentrant, après une soirée moyennement passable puisque quand on est bourré, on s’en fout des gens et de leurs conneries, de leurs insuffisances et de leur haleine de vinaigre. Dans cette chambre vidée de tout amour, de toute chaleur, de toute vie, dans ce débarras où le linge sèche, où tes papiers traînent depuis des années; dans cette chambre-là qui est sans âme, sans lumière, qui n’a  plus qu’un vulgaire matelas posé par terre, avec des draps plus jamais changés, c’est là mon refuge de ce soir, comme tous les soirs depuis que tu dors dans le salon, depuis que je suis devenu sale, laid, à ne pas dormir avec, à éviter et à oublier.


Avec les autres ça ne te pose pas de problèmes de dormir, de te blottir contre eux et à baiser à en déchirer les rideaux.


C’est la chambre de toutes les accusations, c’est la chambre où je prends la liberté de parole comme toi tu prends la liberté de m’accuser, de me tromper, de ne plus me respecter, de m’aimer encore et au final, de me tuer.

 

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