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Erwin schrijft

Erwin schrijft

Verhalen in een notendop, confessies uit de boudoir, curiositeiten, statements, woede en liefde.

Love in the afternoon

A Paris, des rencontres perdues s’enchaînent. Dans cette lumière du début de soirée, je sors d’une somnolence de quelque temps, son visage à côté du mien. Il est dix-sept heures, la fin d’un long mardi après-midi quelque part dans la ville en cette fin de saison. Dehors, de l’autre côté de la fenêtre, à travers des rideaux peu épais et entre ouverts, je distingue les ombres des maisons d’en face avec des gens habitués à leur longue vie qui traîne. Là-dehors, un monde qui ne s’arrête jamais. Toujours en mouvement. Dans cette chambre mal aérée, deux corps nus au repos l’un contre l’autre, comme seulement des amants font.

 

            J’ai été réveillé par un bruit brutal. Que c’était ? Une porte que les voisins rentrant claque ? Un enfant qui pleure ? Des poubelles dans la rue ? La pluie ? Ma tête ? Je ne sais pas...

            Pourtant, dans cet antre d’un inconnu, c’est bien la pluie que j’entends contre les vitres. Loin dans la ville, les embouteillages infinis de chaque soirée parisienne se sont mis en marche lentement. L’insupportable violence des voitures pénètre à peine dans cette chambre où je me trouve au lit d’un garçon que je feins d’aimer.

 

Ce silence... 

 

            Le silence me raconte ce qu’il se passe. A travers ce silence, le temps et ses pas lents et déterminants avancent autour de moi comme un panthère qui guète sa proie. Invisible mais sensible. Le temps me force à ne pas rester éternellement dans cette ivresse de désir charnel. Le temps dans cette chambre qui m’est étrange est le même que le temps dans notre maison à l’autre bout de Paris où, peut-être, tu rentres ce soir ou peut-être pas.

            Cet amant qui n’est pas le mien s’est endormi contre moi. Il respire lentement et un petit sourire de bonheur se dessine sur ses lèvres. Les yeux fermés. Juste un peu de bonheur, juste un petit sourire d’oubli. Juste un peu. Juste arrêter un peu le temps, mais le temps passe.

 

            Il est dix-huit heures. Le temps ne peut pas m’attraper, il faut que je sois plus vite que lui. J’ai passé un après-midi imaginaire avec un garçon qui n’est pas mon amoureux, qui est juste un inconnu qui, comme moi, s’échappe un peu de tout. Sans culpabiliser, sans rien. Juste un autre inconnu. Un seul. Parmi tant d’autres. Il est beau, il embrasse comme un amoureux, il caresse comme un amant.

            Pourtant, la réalité est ailleurs. Le temps menaçant m’inquiète. Le temps me provoque et arrive à me culpabiliser. What am I doing here ? Il faut que je rentre, il faut que je rentre dans la vie où il y a toi. Mon amoureux. Je dois partir.

 

            Je dois partir. Sans dire un mot, mon regard qui pose tant de questions est toujours fixé sur cet amant de l’instant. Il sait que je le regarde, que je suis là. Il réagit, ouvre les yeux,  me caresse, me protège. Il me sourit mais je dois partir.

            Je dois partir. Je me lève. Nous ne disons pas un seul mot mais comprenons ce silence. Les mots immobilisent le scénario et ne correspondent plus au présent. Les mots ont toujours du retard sur la situation et ne pourront pas suivre le présent. Dans peu de temps son amoureux rentrera peut-être, je ne sais pas, je ne l’ai pas demandé. En un espace de peu de temps tout cet après-midi sera réduit à ce que représente un mardi ordinaire. L’image de nous deux commence à s’effacer, cette fin d’après-midi banale s’impose. Le rêve est rêvé et vécu.

            Je ramasse mes vêtements. Un peu éparpillés partout, chemises, chaussettes, baskets, sous-vêtements. Clopes écrasés dans le cendrier, quelques restes de vin dans les verres. Assis sur le lit, je pose ma tête dans le creux de mes mains et sans le savoir, je descends dans mes pensées : again, what am I doing here ? Ses mains chaudes caressent mon dos et me réveillent de mes pensées à toi. « Je dois m’en aller ».

            Je me lève. Sans tituber. Sans rien dire ce que je voudrais dire, sans rien demander. Lui demander s’il m’aime. Lui dire que son amour compte beaucoup pour moi. Lui simplement pouvoir souffler un je t’aime, un j’ai envie. Je n’y arrive pas. Son regard suit chacun de mes mouvements lorsque je me rhabille. Il a mis les draps encore blancs autour de son sexe géant. Dans cette chambre devenue oppressante, le froid s’est installé.

 

            Pourquoi je te trompe ? Je ne suis pas amoureux de ce garçon. Pourquoi je prends des après-midi pour m’imaginer que je peux encore être aimé ? Des après-midi pour me prouver que c’est toi que j’aime? Serais-tu à la maison en train de m’attendre ? Te rendrais-tu compte que je ne suis pas là ? Verrais-tu mon amour pour toi ? Regardes-tu ta montre en te disant : il aurait dû être à la maison ?

            Quand est-ce que j’arrête ? Jusqu’où je pousse mes aventures ? Jusqu’où mes aventures me poussent ? Et jusqu’où nos aventures nous sépareront ? Ceci doit être la dernière fois.

 

            Quelques heures plus tard, j’erre encore dans les rues sombres de Paris. Mes pas traînent et mon corps s’est rempli d’angoisse. Les rues pleurent ton absence, je pleure avec elles. Je t’aime mon amour, je ne peux que t’aimer. Je voudrais te retrouver à la maison et me sentir protégé. Pour pleurer notre amour.

 

            Je suis rentré à la maison, vide but all so full of you. L’odeur de ton parfum flotte encore comme un fantôme dans le salon. Un petit mot laissé sur la table est ta dernière présence physique. Que tu penses à moi. Que tu m’aimes. Que tu dors avec moi alors que tu découches. Que, toujours que. Et ainsi de suite.

 

            Quand est-ce que je vais m’en faire une raison ? Et quelle raison je devrais en faire ? Quand est-ce que la raison va prendre le dessus ? Dis-moi quand ? C’est toujours toi qui traverses mon esprit. Hier, la semaine dernière, demain matin encore et ce depuis le premier jour où je t’ai rencontré. Même la première nuit quand tu n’es pas rentré, tu as toujours été présent. J’en étais malade, tu penses parfois à ce que je ressens ?

 

            J’essaie de survivre et de vivre de tes absences et pire encore, de tes retours à la maison. De ton retour à la maison. Je continue à me dire que l’autre ne pourrait plus supporter ce partage, qu’il parlera tôt ou tard, qu’il deviendra comme moi, exigeant. A vouloir vivre avec toi. A vouloir te connaître, à vouloir te faire l’amour. De connaître ton amour et le sens que tu donnes à l’amour.

           

            Nos vies ne semblent à plus rien... J’attends ton retour à la maison. Je la range, cette maison, je mets des fleurs, je passe l’aspirateur jusqu’au moindre recoin tous les deux jours, je nettoie la salle de bains, les toilettes, la cuisine, tout. Je fais tourner des machines, je mets des fleurs sur le balcon, je remplis le frigo, je vide les cendriers, j’achète du vin de très bonne qualité, je ne vais plus au supermarché, je découvre le petit détail, quelle ironie, je vire mes vieux disques, j’achète un nouveau lecteur DVD et une jolie télé, je prends soin de ton chat, j’essaie de me rendre disponible quand tu es à la maison, je te demande si tu veux aller au restaurant parce que tu aimes aller au restaurant, même si au dessert tu t’éclipses pour appeler l’autre et qu’après nous faisons l’amour avec nos corps qui font mal.

 

            En attendant ton retour, je fais tout ça. Je voudrais que tu te sentes bien quand tu rentres, que tu aies le désir de rentrer et de rester un peu. En attendant ton retour, en attendant ta souffrance. En attendant, toujours... que tu m’aimes.

 

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