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Erwin schrijft

Erwin schrijft

Verhalen in een notendop, confessies uit de boudoir, curiositeiten, statements, woede en liefde.

Quel accueil et quelle prise en charge pour les jeunes en errance?

Metro de Paris - Ligne 2 - Porte Dauphine - Plan de ligneCes dernières années, les rapports emmenant des structure associatives intervenant dans des terrains spécifiques (équipes de rues, équipes d’intervention de prévention du sida, équipes spécialisées en médecine, équipes en milieu de prostitution masculine, féminine, transsexuelle etc..) mais aussi des rapports des instances institutionnelles font état d’un rajeunissement de la population de rue dans des situations allant d’une situation d’errance jusqu’à une extrême pauvreté économique (sans toit, sans logement, sans travail), hiver comme été.


On les voit dans le métro, on les voit aussi dans des situations de prostitution. Cette situation de prostitution mérite d’être pleinement abordé et non seulement d’un point de vue éthique ou morale. Ce que l’extrême urgence de leur situation, ce que les nouvelles loi sur le racolage n’abordent pas, c’est le questionnement de la personne même, au-delà de son errance pour des raisons économiques[1], sur son orientation sexuelle et ses pratiques sexuelles.


Souvent les équipes de rue sont démunies face à la demande qui nécessite de l’immédiat (soit des premiers soins, soit un hébergement pour la nuit) et n’offrent des solutions qu’à court terme[2].


Une prise en charge globale, immédiate et de long terme est d’autant plus importante afin de pouvoir aborder avec ces jeunes, dans un cadre qui se veut rassurant et souple, leurs conditions de vie, leurs attentes et leurs projets de vie, mais aussi aborder la prostitution, pas comme un problème mais comme leur vécu, aborder leur santé sexuelle, leur identité sexuelle – plus encore les jeunes qui viennent des pays de l’Est mais aussi ceux en provenance du Maghreb ou de l’Afrique, sans nier pour autant les jeunes issus de familles françaises et qui se trouvent à la Porte Dauphine ou dans les bars et les sexclubs gays, ces jeunes qui s’affirment homosexuel et faisant objet d’une rupture familiale brutale[3].


Force est de constater la faible capacité d’investissement par les différents services (associatifs, policier, justice, institutionnels) d’un dialogue, d’une approche autour des problématiques plus personnels, autour de l’estime de soi, autour de la prévention VIH/sida et les IST, autour de leur prostitution, les pratiques sexuelles, subies ou volontaires, quand, suite à un rejet familial, de cercle d’amis ou encore en rupture avec le pays d’origine, ils se trouvent dans cette situation de prostitution ou dans une errance dans un milieu gay qui leur paraît festif et accueillant et où tout semble être possible mais qui peut cacher une détresse profonde, une grande solitude et un isolement poussé, un questionnement et une recherche de réponses à des questions intimes et personnelles autour de soi et de leur vie sexuelle[4].


Les jeunes ont des rapports sexuels, nous ne pouvons pas le nier. L’absence de chiffres à Bruxelles, par exemple des chiffres qui pourraient nous indiquer le nombre de ceux qui n’ont jamais fait de test de dépistage du VIH parmi les jeunes, des jeunes qui ont des rapports non protégés ou encore pour simplement savoir où se renseigner, se faire dépister ou plus encore, parler de son errance dans un cadre de non jugement, reste dramatique et demeure de ce fait scandaleux. Une tournée de bars où l’on distribue du matériel de prévention ne suffit plus, d’autant plus que ces tournées s’adressent à une population gay qui travaille, qui a plus de 30 ans et qui est très bien informée sur les prises de risques. Notez aussi le flou total sur le traitement d’urgence. Alors qu’en France, les associations et les instances publiques publient régulièrement un état de lieu, que les résultats ne peuvent qu’inciter au redéploiement des campagnes de prévention identitaires ou culturelles sur le VIH, les IST, l’errance.. et qe ces campagnes doivent en continu être renforcées auprès de ces jeunes et se poursuivre sur les lieux de rencontre, avec ou sans sexe, avec l’aide indispensable des acteurs associatifs, à Bruxelles, c’est comme si le sida n’existe pas, comme si tous les gays sont bien dans leur peau, riches et font la fête tous les jours. Dans ces quartiers, aucune information envers ces jeunes, dans l’errance, dans la prostitution ou encore dans une situation de rejet familial existe.


Les situations de détresse dans lesquelles se trouvent les jeunes en errance sont des facteurs qui peuvent mener à des prises de risques non négligeable et, souvent dépourvus des droits en matière de santé, en matière d’accès à l’information sur la santé physique et sexuelle, ils sont encore plus exposés de par leur fragilité et vulnérabilité aux risques sexuels.


Beaucoup de services sociaux sont aujourd’hui incapable d’aborder les sujets autour de la sexualité, les pratiques sexuelles, l’identité sexuelle voire même l’homosexualité ou la transsexualité et ces jeunes sont de ce fait encore plus isolés.


Lors des sorties de terrain, j’ai constamment été confronté à cette problématique qui ne peut se résoudre dans l’immédiat mais qui nécessite, dans la prise en charge du jeune, une véritable écoute basée sur le non-jugement de la personne, le respect de la personne et sur la prise de parole du jeune, afin de mieux encadrer à la fois son expérience sexuelle, son identité sexuelle et sa responsabilité de se protéger contre une infection au VIH ou autres infections sexuellement transmissibles et ainsi arriver à le forger d’une santé physique et sexuelle saine et positive.


Si l’errance, la prostitution, le faible estime de soi, l’incapacité de se comprendre, mais aussi l’homophobie voire même transphobie pour certains des jeunes sont des conséquences des tracées de vie pas toujours facile à vivre, ces services doivent mettre tout en œuvre pour que son identité soit dotée d’une meilleure acceptation de soi et s’ouvrir davantage à ces sujets. Cela peut se traduire en recrutant des personnes salariées, bilingues voire trilingues, spécialisées dans l’approche psycho-sexuelle de la personne ou encore en créant des partenariats solides avec des structures qui maîtrisent la rencontre de ce type de population. 


Bien que la santé physique et sexuelle ne semble pas être une priorité absolue pour ces jeunes, il n’en reste pas moins que par une écoute réelle et une véritable prise en charge des ces problèmes dans un dispositif quelconque, c’est toutefois le jeune qui est au centre du dispositif ou du projet auquel il souhaite  ou peut adhérer et qui lui permettra de mieux construire sa vie, de retrouver ses repères, de se responsabiliser, de fortifier son identité et son estime de soi, d’aller mieux et d’habiter plus sereinement leur vie, quelque soit leur choix.


Mo expérience de terrain à la Porte Dauphine à Paris – mais aussi mes observations dans les rues et les bars de Bruxelles – a montré aussi que les jeunes, lors des contrôles policières, se sont vus confisquer le matériel de prévention, voire sont soupçonnés d’une activité de prostitution. Chose qui va à l’encontre même d’une réelle prévention et protection pour le jeune et qui le pousse encore plus loin dans la détresse, la faible estime de soi et un isolement terrifiant, truffé d’angoisses et de peurs[5]. C’est à ce moment là que le jeune est en danger par rapport à des prises de risques éventuelles et qu’il n’est plus maître de sa propre prévention, au risque de se trouver un jour contaminé par un client dans le cadre de la prostitution ou par une rencontre hors prostitution.


C’est bien là aussi la véritable lutte contre le sida, à ce que la personne, quelque soit son activité ou son être, puisse être maître de soi-même, de sa prévention, même dans une situation de prostitution.


Ces quelques pistes sont à explorer collectivement, en s’inspirant à la fois du terrain et de ce qui est fait dans d’autres pays ; mais cela ne saura pas se faire si notre société pèse son poids moral sur la prostitution et la sexualité. Faire comprendre aux jeunes que se prostituer est un service sexuel qu’un client paie selon les règles établis et dans un espace de temps prédéfini, et que la sexualité, qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle, est un lieu d’épanouissement de soi-même sans limite de temps, fait partie d’un début de compréhension du jeune et un début d’acceptation de soi-même.


Erwin ABBELOOS



[1] Les lois sur le racolage n’abordent que le délit d’un point de vue monétaire donc économique, ce qui ne fait guère place à la confiance, à une meilleure estime de soi et à une réelle réponse à son errance.

[2] Bien que quelques structures offrent de l’hébergement allant parfois jusqu’à plusieurs semaines, force est de constater la démotivation chez les jeunes de ne pas poursuivre l’accueil qui leur est réservé, souvent jugé trop éloigné de leur réalité. Dès que leur est proposé un hébergement, on demande de ne plus se prostituer, ce qui en vérité revient à l’hébergeur à se protéger contre la loi sur le proxénétisme, au détriment d’un minimum de revenus pour le jeune par la prostitution. Là aussi, le problème de la prostitution en tant que telle est posée, pas le problème de l’errance ou de mal-être face aux pratiques sexuelles, aux clients etc. Ce n’est pas tant la prostitution qui est le problème, ce sont les causes de cette errance qui doivent être abordées en priorité.

[3] A Bruxelles, on retrouve ce même phénomène dans les bars, des bars de nuit, les saunas et depuis quelques années sur internet – pour ceux qui ont accès à une connection internet.

[4] A Paris, le Marais est la référence pour beaucoup de jeunes gays qui viennent de province. Certains garçons passent leurs nuits dans quelques boîtes de nuits, saunas ou backrooms à tarif d’entrée abordable en espérant d’y trouver un autre pour l’accompagner à son domicile et y passer la nuit – tarifée ou pas, d’autres s’enferment dans une des nombreuses cabines pour y fermer l’œil pendant quelques heures, jusqu’à la fermeture de l’établissement. A Bruxelles, le quartier Saint-Jacques et de la Bourse est le quartier où l’on retrouve le plus d’établissements gays. Contrairement à la situation à Paris, les bars (de nuit) n’ont pas d’heure de fermeture fermée, ce qui laisse l’opportunité à beaucoup de ces jeunes d’y retrouver un partenaire pour quelques moments ou pour la nuit. Une population plus âgée et beaucoup plus visible qu’à Paris fréquente ces établissements et facilitent le contact avec les jeunes en offrant un verre ou deux.

[5] La prostitution peut être considérée ou comprise comme quelque chose de mal, d’immoral voire d’illégal. Ces interventions policières qui n’ont pas d’autre but que dissuader le garçon de se prostituer, ou encore ces services qui comprennent la prostitution sous un angle moral, n’aident pas le jeune à avoir une image positive de lui-même. Il faut davantage souligner ici l’importance à positiver sa situation de prostitution en laissant parler le garçon de son expérience dans la prostitution.

 

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