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Erwin schrijft

Erwin schrijft

Verhalen in een notendop, confessies uit de boudoir, curiositeiten, statements, woede en liefde.

Tu ne sauras jamais que je t'aime (1)

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Là où je me vois, je n’irai pas. Je perds tous mes repères que j’ai posés sur toi. Je suis devenu maladroit, je ne cesse de ranger le salon sans savoir comment ranger le salon : à la japonaise, façon feng shui ou encore comme le salon d’un écrivain jauni par la fumée des cigarettes. Comme dans les magazines, comme dans les catalogues, comme chez mes amis ou encore comme je le ressens. Je ne sais pas. Je ne sais pas comment ranger mes meubles. Je déplace les chaises qui grincent sur le parquet, j’arrête de temps en temps la musique quand elle devient assourdissante. Pourtant les mélodies, les textes, les notes, le cris de douleur ou de joie de la chanteuse m’ont toujours accompagnés dans mes tâches. Mes mains tremblent, j’ai l’impression que mon corps tombe. Une certaine mort s’approche. Je suis face à mes capacités d’encaisser les coups durs et les aléas de la vie mais rien ne va. Me voilà livré à moi-même et rien qu’à moi-même, je suis devenu dangereux pour moi. Je ne sais pas comment être avec moi-même. N’être qu’avec moi-même ici et en ce moment, dans ce clash incontestablement brutal, je ne sais pas comment faire. Est-ce la mort ? N’être = la mort ? Naître = la mort. La mort des envies, des illusions et d’une vie rêvée.


Il faut dire à l’enfant que tu es qu’il n’y a pas de vie à deux. Qu’il faut le savoir. C’est juste que maman ne te l’a pas dit. Il faut tout simplement le savoir. Ça s’apprend par la vie et par toi-même. Il ne faut à en vouloir à maman, ce n’est pas de sa faute, elle aura simplement oublié de t’en parler, un peu comme quand elle oublie d’acheter des œufs ou du lait quand elle t’avait promis de faire un gâteau ensemble. Tu ne dois pas lui en vouloir, elle aurait souffert aussi. Et on oublie facilement l’essentiel dans notre époque. Et puis dans la vie, on n’explique pas toujours tout aux enfants.


Dehors comme à l’intérieur la solitude – de eenzaamheid – règne. Autour d’elle danse une vie que je n’arrive plus à percevoir puisque je ne sais plus comment y accéder. Je me méfie des faits et des vérités : tu es parti. Je suis terriblement seul et tu es présent partout. Partout présent. A tout moment. Dans chaque objet, même l’objet le plus insignifiant comme la souris déchiquetée du chat, une tâche brunâtre laissée sur le mur de la chambre à coucher ou encore un vieux magazine qui traîne à côté du lit. Partout tout le temps. Dans tous mes gestes aussi. Dans toutes mes musiques que je me joue le soir. Tout le temps partout. Un amour perdu comme on perd un jouet sous le canapé ou dans un tiroir et qu’on ne sait plus qu’il est rangé dans un tiroir. Le matin la mousse de mon café ne sourit plus. Le lait s’est retourné et j’ai oublié de ranger le jus d’orange dans le frigo hier soir. La vaisselle ne se fait plus toute seule et le plat de la veille ne se range pas tout seul au frigo. Le vide du frigo marque ta présence absente comme toutes les pièces de la maison. 23 degrés dans l’appartement et j’ai froid. Les sacs de poubelles se remplissent deux fois moins vite. Je ris seul devant des films qui font rire.


Dehors des portes claquent. Elles se ferment brutalement. Dedans, dans l’immeuble d’à côté, des gens traînent leurs pas d’une vie ennuyeuse. Des pas invisibles et fatigués. Rentrer sans autre but que de trouver l’ennui. Quand tu rentrais le soir après le travail, tu t’es ennuyé aussi de la vie ? Et ce soir, quand tu rentres, chez toi maintenant, ressens-tu l’ennui ou, au contraire, es-tu heureux, soulagé ou est-ce que tu pleures, est-ce que tu regrettes ? Derrière le mur qui sépare les deux appartements, un homme baise avec un autre homme. Je les vois. Ils baisent de plus en plus fort, de plus en plus. No TV. C’est tous les soirs le même scénario. Ils ne s’aiment pas. Ils ont l’amour charnel qui est à portée de tout le monde tout le temps. Un jour, un homme m’a dit : je ne baise pas, je fais l’amour. Je trouvais ça joli de le dire comme ça. Depuis je n’ai cessé de faire l’amour. Je n’ai cessé de protéger et je n’ai cessé de me sentir protégé. C’est aussi faire l’amour.


Je suis triste, profondément triste. Blessé, amputé. Je suis détruit. Battu, comme un chien, un de ceux qu’on abandonne sur une route déserte aux alentours de la grande ville, le chien qui court encore derrière la voiture, la queue entre les pattes, la tête triste et baissée, à la recherche de son amour perdu. L’abandon froid s’installe dans mon corps qui, autrefois, brûlait de chaleur pour toi. L’abandon est insensible. Je semble être dans la solitude, je m’éteins pour le reste du monde, je suis dans mon monde, qu’on ne m’y dérange pas. Je m’éloigne comme un promeneur solitaire le long de la côte belge. Je longe les sables infinis du bord de la mer et c’est avec aisance que j’accepte l’invitation glaciale de ses vagues, que je glisse mes pas sur l’eau colérique et que je disparais dans la brume. Je quitte ce monde. Pour en trouver un autre. Le monde de l’écrit et de l’écriture et où je te retrouverai. Ce monde pour écrire. Pour m’écrire. Pour t’avoir près de moi. Pour vider cette tête. Pour en finir. Pour ne plus tomber dans le piège. Dans l’abîme. L’abîme de soi. L’habit de moi. Pour enfin trouver la colère.


Cet écrit n’est pas un écrit triste. Il ne faut pas croire ça. Il y a une certaine beauté dans l’écriture du mal et du chagrin. J’ai attendu cent ans pour te trouver et j’étais content quand tu avais apparu. J’étais comme un gosse, un petit prince qui, avec un rien, avait le sourire dans les yeux avec un si beau cadeau. Toi, mon cadeau. Ma ligne d’arrivée dans la vie après tant d’orages, de fêtes aussi et des claques de la vie. Après tant d’amants, après tant d’histoires d’une nuit, après tant de voyages parfois jusqu’au bout du monde pour te trouver. Tu étais là et tu es reparti.


 

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