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Erwin schrijft

Erwin schrijft

Verhalen in een notendop, confessies uit de boudoir, curiositeiten, statements, woede en liefde.

Frida

Frida est une femme d’allure. Le regard un peu absent, regard du Nord, sourire timide et gestes réservés quand elle parle, Frida porte cette solitude marquée qui grave les traits de visage et de comportements humbles du peuple nordique. Une souffrance perpétuelle et intériorisée qui s’exprime par un silence maîtrisé.

Si elle était une couleur, je lui attribuerais résolument la couleur rouge, couleur qui renvoie au feu, à la passion, au sang. Aux douleurs des larmes et à la sagesse de la vie. Rouge comme féminité et force brûlante, couleur du courage et d’intelligence, couleur violente et euphorique, Frida incarne cette sagesse et cette éruption qui jaillit de l’intérieur qu’on a presque envie de s’y brûler, de s’y confier et de finalement se sentir apaisé.

 

Elle reconnaît ne pas être cette personne physique que fait apparaître son élégance statuesque. La générosité de sa personne séduit sans ne jamais s’épuiser et sans mentir, que ce soit devant les caméras ou encore quand elle est interviewée. Elle tient beaucoup à sa sensibilité qui est vraie et spontanée mais qu’elle veut protéger aussi.

 

Cette sensibilité est nourrie par son parcours de vie. Une vie pavée de bonheur par la musique, parfois durement noircie par le hasard des choses et les caprices incontournables du temps. Une vie avec des hauts et des bas, avec de l’amour, des mariages, une vie avec douleur, avec joie, avec des enfants, avec solitude, avec abandon et pertes... mais, surtout, remplie de musique.

 

Ce temps d’une vie connaît de multiples étapes, comme si chaque événement défie sa force et sa résistance. Elle s’épuise aussi, mais à plusieurs reprises le deuil et la douleur lui ont donné force et foi qu’elle tient comme un talisman dans ses mains. Aujourd’hui elle dit d’elle-même être une femme fortifiée par la vie et ses expériences.

 

Il me faut évoquer sa solitude, cette solitude qui est un refuge, une maison protectrice dans laquelle on se ressource. Il faut savoir positiver cette solitude, la rendre agréable pour        soi-même puisqu’elle ne vous échappe pas ; elle est en vous, elle devient un outil à vivre avec. C’est dans ces moments de s’arrêter sur soi qu’on devient maître de soi-même. Cette vie solitaire n’attendait qu’alors à se transformer en musique. Avec sa voix chaleureuse et sombre, jazzy, douce, charmante, avec le sourire dans chaque mot chanté, elle est dans l’émotion juste évoquant ainsi la nostalgie d’antan.

 

Dans les années avec ABBA, à côté d’Agnetha Fältskog, elle n’est pas en concurrence. Il y avait une certaine tension, certes, qui se reflète dans l’atteinte de la perfection d’harmoniser deux voix et deux personnages différents et dont on reconnaît immédiatement ce son unique. A elles seules, elles avaient une voix claire comme du cristal. Elles pouvaient tout faire avec leurs voix. Personne n’a jamais su placer une phrase dans une chanson pop avec autant de pureté.

Ensemble, elles avaient la gorge la plus pure qui n’ait jamais existée dans l’univers de la musique pop. A ce sujet, Frida s’est exprimée : « Techniquement parlant, Agnetha est une soprano et je suis une mezzo soprano donc j’ai une voix plus profonde et Agnetha peut aller plus haut que moi. Dans plusieurs livres et articles, il est écrit que nous nous détestions, ce qui est absolument faux. On n’aurait jamais pu travailler ensemble à ce niveau sinon. Au contraire, on savait que nous étions différentes et cela s’est transformé en une forme de compétition qui ne pouvait être que positive. Quand on était sur scène ou en studio, on a voulu donner le meilleur de nous. C’est pour cette raison que le chant est devenu très bien justement à cause de cette compétition.

En privé, on se voyait régulièrement. Agnetha a eu ses enfants et nos chemins ont pris d’autres directions. Mes enfants étaient déjà des adultes. Mais nous ne nous sommes jamais détestées, au contraire, on s’entendait très bien. Mais vous évoluez et vous vous éloignez puisque j’allais vivre à l’étranger, alors oui, vous vous voyez moins ».

 

Pendant les années avec ABBA, on remarque que les chansons dans lesquelles Frida prend la partie solo sur son compte, elle incarne cette femme dessinée par son expérience. Rationnelle, évoquant la nostalgie d’une époque meilleure. Je pense à « Knowing me knowing you », « One man one woman » et « Should I laugh or cry » mais aussi à la légereté de l’insouciance dans « Our last summer » qui évoque une histoire d’amour dans le Paris d’une époque oubliée ou encore dans « I wonder » et « I let the music speak » aux allures de comédie musicale. Je pense aussi à l’angoisse dans « The visitors – Crackin up », à l’infiniment digne « When all is said and done » où, une fois de plus, elle semble partir ailleurs après une rupture pour découvrir d’autres horizons. On apprendra plus tard que, à ce moment c’est la fin du groupe ABBA et que Frida, divorcée de Benny, avait d’autres projets en vue. C’était en 1981.

 


Trois hommes vont parcourir avec elle sa carrière : Ragnar Fredriksson, musicien dans un big band suédois de Bengt Sandlund qu’elle va d’ailleurs rejoindre. Avec lui, elle aura deux enfants : Hans et Lise-Lotte ; il y aura Benny Andersson qui non seulement van reprendre sa sa carrière solo en main et avec qui elle vivra l’aventure ABBA dans les années 1970 et qui restera son amoureux et confident absolu pendant 13 ans. Et il y aura le Prince Ruzzo Reuss à qui elle doit aujourd’hui le titre de Princesse.

Sur ses débuts et sur ABBA, elle porte un regard très satisfait : « J’avais un rêve et il s’est réalisé en ayant rencontré Benny, Björn et Agnetha. Ce que nous avons fait pendant toutes ces années est absolument fantastique et unique, alors que j’ai toujours compris que Benny et Björn avaient d’autres idées en tête. Ils ont toujours su ce qu’ils faisaient et où ils voulaient arriver. Il m’arrive parfois de parcourir les articles sur nous et cela me paraît étrange aujourd’hui, c’est comme si l’on parlait de quelqu’un d’autre ».

Elle retire une grande satisfaction professionnelle de cette période et en même temps, elle donne cette impression d’être un peu distante par rapport à ABBA : « Le bébé a grandi maintenant, j’ai réalisé qu’il peut vivre seul ».

Jamais elle ne s’est comportée comme une star capricieuse mais était, au contraire, très aimable et très coopérative. Elle dit : « Il n’est pas difficile de rester ordinaire ».

 

Née le 15 novembre 1945 à Ballangen en Norvège à une trentaine de kilomètres de Narvik, de mère norvégienne et de père allemand, elle est le fruit d’une rencontre amoureuse bien au-delà des idéaux de guerre qui régnaient en ces temps dans l’Europe. Peut-être que sa solitude est déjà là, quand ses parents se voient obligés de se séparer. La guerre touche à sa fin et son père, Alfred Haase, soldat allemand, doit rentrer en Allemagne laissant Synni Lyngstad seule, sans savoir qu’elle était enceinte.

Les années qui ont suivi la naissance de Frida sont des années de survie. Malgré la neutralité que la Norvège avait montré pendant la deuxième guerre mondiale, il fallait reconstruire le pays tout entier. Narvik a été une des cibles des guerriers et avait souffert des lourdes invasions et des conflits entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Aujourd’hui encore, les quais sans fin, les grues et les terminaux ferroviaires s’imposent dans le décor urbain, formant un vif contraste avec le paysage de montagnes autour. Le pays progresse considérablement et développe sa reconstruction, pourtant la santé de sa mère Synni s’affaiblit de jour en jour. Epuisée, elle meurt laissant Frida seule à l’âge de deux ans. Elle confie les soins de sa petite fille à Agny Lyngstad, grand-mère de Frida.

Agny décide de ne plus subir les regards lapidaires qui pèsent lourdement sur Frida à cause de l’origine de son père et décide de lui rendre la vie sans les tensions des préjugés. La petite Frida n’était pas la seule enfant conçue lors des liaisons amoureuses entre les gens du village et les soldats ennemis de l’Allemagne mais cette violence rendait la vie plus difficile. Agny s’engage pleinement à s’occuper de sa petite fille et elles partent vivre en Suède afin de laisser Frida s’épanouir dans son enfance, loin du passé.

Quand Frida évoque cette période, c’est avec une émotion lourde qu’elle s’exprime : « Je me sentais très seule. Ma grand-mère travaillait très dur pour nous deux et elle n’avait pas vraiment le temps de donner de l’affection. Cela m’a manqué beaucoup bien sûr. J’étais plutôt laissée à moi-même. Alors je lisais beaucoup et je commençais à m’intéresser au chant ».

D’une certaine manière Frida a toujours voulu préserver son enfance qui a nourrie et façonnée la personne qu’elle est aujourd’hui. Comme si elle portait un voile de silence qui cache un désir absolu de vouloir se comprendre un jour, une quête intime qui sera son guide tout au long de sa vie et de sa carrière.

Agny était convaincu qu’Alfred était mort. Ce n’est que plusieurs décennies après, en 1977, que Frida est confrontée avec cette réalité bouleversante : son père est toujours vivant. « On s’est rencontré à cette époque mais il est difficile de découvrir et de comprendre à l’âge de 32 ans que j’avais un père. Cela aurait été différent si j’avais été une adolescente. Je ne pouvais pas vraiment me lier à lui comme s’il aurait été avec moi tout ce temps auparavant. Nous sommes restés en contact mais je ne peux pas me forcer ou me montrer indifférent. C’est comme si toute votre vie entière se jetait sur moi. J’ai pleuré énormément, en silence. En conclusion, c’est très irréel d’avoir un père qui est un étranger pour vous ».

Cet abandon brutal a nourri la solitude de l’enfant et a rendu une détermination à la vie de cette jeune Frida qui, à l’âge de 7 ans, déclare avec conviction et fierté de vouloir devenir chanteuse.

Très vite, Frida va prendre le chemin de son destin en main et participe à des concours. Par sa détermination infaillible pour réussir dans le chant, son rêve se réalise. A 13 ans, elle devient vocaliste dans l4ewald Eks Quartet et ment sur son âge afin de pouvoir être sur scène dans les clubs où le groupe se produisait. « Jusque-là, ma vie entière était remplie d’un grand vide. La musique était rentrée vraiment dans ma vie. Mes relations sociales, tout comme mon existence entière avaient radicalement changé. J’avais force dans la musique et je faisais maintenant des choses que je croyais être insurmontables ».

Son répertoire s’ouvre davantage au jazz quand, en octobre 1961, elle rencontre Ragnar Fredriksson. Engagé ensemble dans Bengt Sandlund’s Big Band, Frida se voit propulser au devant de la scène. Elle chante Ella Fitzgerald et Sarah Vaugan et séduit agréablement le grand public, visiblement sous le charme de sa voix.

Pourtant le monde s’ouvre plus à la musique rock, certes sous l’influence des Beatles et très vite l’ensemble se dissoud. Frida, déçue mais toujours motivée, ne semble pas avoir envie de retourner à une vie monotome, ennuyeuse et responsable de mère au foyer et rejoint le Gunnar Sandevärn’s Orchestra, participe à quelques concours et crée son propre groupe, The Anni-Frid Four. Le succès espéré se laisse toutefois attendre, malgré le fait qu’elle ne quitte la scène publique.

 

C’est en 1967, le 3 septembre exactement, que la Suède changeait le sens de sa circulation routière et que Frida, qui bénéficiait jusque là d’un succès mitigé, voit aussi sa carrière prendre une autre direction. Elle participe à un concours, organisé par EMI, qu’elle remporte et à sa grande surprise elle se trouve propulsée devant les caméras de la télévision suédoise. Ce soir-là, la Suède entière a fait connaissance avec Anni-Frid « Frida » Lyngstad interpretant « En ledig dag » (A day off).

Très peu de vacances mais un rêve qui se concrétise par son talent et son professionalisme à maîtriser sa voix et à exploiter son charme intimidant. Frida avait du cœur à donner.

Ce cœur, elle l’avait donné à Ragnar. Mariés en 1964, c’est son amour absolu pour la musique qui l’emporte sur une vie de famille à la maison, même si elle voulait rester plus près d’elle. Quand Frida parle de cette période, ce n’est pas tant avec un regret profond, plus avec une blessure. Au fond d’elle-même, elle aurait voulu plus que jamais être tout près de ses jeunes enfants – Hans avait 3 ans, Lise-Lotte 1 an ; l’abandon est un sentiment qu’elle a connu très tôt dans sa vie et voilà qu’elle quitte à son tour ses enfants et Ragnar pour une aventure peu rassurante mais avec cette détermination de réussir. Basée à Stockholm, elle est loin du foyer familial. « Ils m’ont terriblement manquée mais je pensais qu’ils étaient mieux avec leur père. Je vivais dans une toute petite pièce et même si j’avais voulu les emmener à Stockholm, la vie aurait été plus dure pour eux. Beaucoup de mauvaises langues ont dit des choses très blessantes sur moi, que je ne pensais pas à mes enfants et que je serais venue à Stockholm pour travailler à tout prix avec les grands. Ils avaient tous tort. je n’avais pas du tout envie d’abandonner mes enfants. Ragnar a pris soin d’eux et ils étaient beaucoup mieux avec leur père qu’à Stockholm dans mon taudis. J’ai pleuré énormément quand j’étais seule mais en même temps, il ne fallait pas y penser. J’étais et je suis toujours la mère de mes enfants, ce que peu de gens comprenaient à cette époque ».

Alors que sa carrière semblait prendre son envol, son mariage avec Ragnar touchait à sa fin. « Ce qui est rassurant, c’est que, même si notre mariage s’était épuisé, les enfants ont pu s’épanouir avec lui, plus qu’avec moi. Je n’aurais pas eu le temps. Mais je ne les ai jamais abandonnés ».

« Dans ces moments la solitude m’était guère supportable. Je montrais une image de moi-même forte et heureuse de chanter mais derrières ces sourires, il y avait beaucoup de tristesse ».

 

1961. Frida est connue. Depuis « En ledig dag », elle enregistre quelques 45 tours mais elle n’obtient pas vraiment un grand succès. En y pensant aujourd’hui, elle sourit : « Je dois tenir le record de celle qui a le plus attendu pour arriver dans les hits parades ». Pourtant, son charisme et son envie d’être sur scène l’emportent toujours et font qu’elle ne demeure pas une inconnue. Elle se produit lors des tournées organisées en Suède, « Folkpark », événement estival auquel beaucoup d’artistes talentueux participent. Pendant l’été ils voyagent de ville en ville et chacun se fait connaître au public en se produisant dans les parcs et les lieux publics où ont lieu les concerts.

« C’était très dur et cela représentait beaucoup de travail mais j’ai toujours adoré être sur scène ». Ses disques n’atteignent peut-être pas les sommets des hit parades mais sa musique séduit des milliers de gens grâce à sa voix particulière et à sa présence gracieuse sur scène. Son talent se méritait et se mesurait à chaque concert aux applaudissements généreux. « J’ai connu un succès considérable lors des concerts locaux mais je pense que le choix des chansons ne correspondaient pas du tout aux exigences commerciales de cette époque pour se trouver dans les hit parades ».

 

Frida avait résolument choisi pour sa carrière et décide de rompre avec Ragnar. « Nous n’avions plus rien à nous dire, on s’est certainement marié trop tôt. Il était convenu qu’il s’occupe des enfants ». Cette séparation, elle la qualifie plutôt comme une séparation à l’amiable. « Les journaux ont fortement critiqué cette séparation ainsi que mon mode de vie que je menais. Ragnar et moi étions tous les deux d’accord pour poursuivre séparément nos chemins. Il s’est toujours montré très compréhensif à l’égard de ma carrière. Ces histoires ont refait surface quand j’ai rencontré Benny ».

 

Lors des tournées en 1969, elle rencontre Benny Andersson. « Benny est entré dans ma vie au bon moment, » raconte elle. « J’avais des doutes sur tout. La solitude me pesait. Le fait d’être en mariage avec quelqu’un me manquait d’une manière ou d’une autre. J’étais désespérément à la recherche de sécurité. Je n’ai pas eu beaucoup de douceur et d’amour quand j’étais petite. Quand je rencontrais un homme, je pensais que j’avais trouvé tout ce dont j’avais besoin et je construisais ma vie autour de lui. Je n’arrêtais pas de me demander : devrais-je tout abandonner et retourner dans ma famille et vers mes enfants ? Ma grand-mère n’était pas une personne qui me prenait dans ses bras. Elle était trop occupée à travailler afin de gagner sa vie pour nous deux. Nous étions très pauvres. Moi-même je n’avais pas beaucoup d’amis et je ne portais pas vraiment un regard positif sur moi : mon style, comment j’étais, je ne pensais pas avoir de talent. Alors tout en étant seule à Stockholm, je me suis vraiment accrochée à mon travail pour chasses mes vieux démons ».

Benny se souvient de cette première rencontre : « C’était dans un restaurant à Malmö. On avait parlé beaucoup et on s’entendait vraiment bien. On parlait de musique, de voyages, de concerts... Après cette soirée, nous sommes rentrés chacun chez soi, nous étions très occupés par nos tournées ».

Quelque temps après, le 31 mars 1969, Frida et Benny se sont retrouvés lors d’une émission à la radio à Stockholm et depuis, ils ne se sont plus perdus de vue. Lorsqu’ils célébraient leur rencontre, c’était à chaque 1er avril que Frida et Benny ouvraient le champagne.

En trois années, elle avait enregistré neuf disques et seulement deux de ces chansons s’étaient placées en haut du hit parade. Elle faisait des apparitions à la télévision mais son répertoire était toujours jugé comme pas assez rock.

Benny intervient et s’occupe de sa carrière. Pendant de longues heures, ils parlent de techniques vocales, de musique encore et encore et Frida améliore ses techniques avec plus de précision et de perfection. Elle planifie et avec une discipline stoïcienne, travaille tout dans le moindre détail. Sa voix se transforme en une beauté et une pureté exceptionnelle, comme si elle était un instrument de musique. Sur scène où elle paraît froide, distant même, où elle doit donner beaucoup d’elle-même pour réussir à atteindre son public, elle glorifie.

Benny est alors dans l’écriture de « Peter Pan » avec Björn Ulvaeus. Ce disque est considéré comme étant le premier titre où l’on trouve les trois futurs membres du groupe ABBA. Avec Benny comme producteur, sa carrière prend élan. Son répertoire ayant changé, elle devient une artiste très demandée. Ainsi naît un projet avant-ABBA : parfois, elle participe avec Agnetha Fältskog aux enregistrements pour les disques de Benny et Björn en les accompagnant vocalement. L’idée de former un groupe n’était pas à l’ordre du jour, leurs carrières respectives allaient très bien. De toute façon, Agnetha et Frida étaient liées par un contrat, Agnetha chez Cupol jusqu’en 1975, Frida chez EMI jusqu’en 1972. En cette même année, ils décident toutefois d’enregistrer ensemble des chansons sous le nom de Björn & Benny, Agnetha & Frida. L’histoire est connue : en peu de temps, ABBA naît. Après une première tentative de remporter l’Eurovision en 1973 avec « Ring Ring », c’est en 1974 qu’ABBA va changer résolument l’histoire de ce rendez-vous européen en présentant « Waterloo ». L’époque où l’Eurovision donnait peu d’excitation musicale était révolue, désormais ce spectacle annuel allait décoiffer des millions de téléspectateurs.

 

ABBA durera dix ans. Etant le groupe le plus sous-estimé au monde et parallèlement un des plus talentueux et connu, leur histoire est sans fin et à chaque nouvelle génération, le monde redécouvre ce talent unique de ces trois suédois et cette unique norvégienne ayant changé et inspiré le répertoire de nombreux autres artistes.

Les multiples stratégies de commercialisation de leur musique par leur manager Stig Anderson aidant durant leur golden years, puis en 1992, plusieurs années après même la fin du groupe, la compilation « ABBA GOLD » fait revivre dix années de compositions musicales sophistiquées  de Benny et Björn et merveilleusement interprétée par Frida et Agnetha. La remastérisation de leur œuvre, la réimpression en vinyle de leurs 33 tours ont remis ABBA dans l’actualité. La publication de multiples livres consacrés à leur carrière, leur musique et leur entourage rend un hommage triomphant au groupe et aux membres individuels. On peut désormais admirer, découvrir ou redécouvrir leur carrière musicale sur DVD et le succès de la comédie musicale « Mamma Mia ! », écrite et produite par Benny et Björn, connaît un succès planétaire. Malgré l’absence de Frida et d’Agnetha – bien que Frida ait investi dans le projet – « Mamma Mia ! » refait vivre la musique intemporelle de ABBA. La sortie en cinéma de « Mamma Mia ! » avec Meryl Streep sera l’occasion de réunir Benny, Björn, Frida et Agnetha, bien que les membres ne posent pas ensemble et se mélangent avec les acteurs du film. On note toutefois l’amitié qui se noue toujours entre Frida et Agnetha.

Même Madonna avoue d’écouter ABBA et d’être une grande admiratrice. « Hung Up » est considérée comme étant « Gimme! Gimme! Gimme! (A man after midnight) » de l’année 2005.

 

Chaque membre du groupe est élémentaire et complémentaire dans le son de ABBA. Les talents de composition de Björn et de Benny, le voix de Frida et d’Agnetha font l’identité unique de tout leur répertoire qui ne sera plus jamais égalisée. Il n’y a pas de ABBA sans Benny, pas de ABBA sans Frida, pas de ABBA sans Björn et Agnetha non plus. Cette combinaison d’une extrême rareté en musique restera gravée dans la mémoire collective et inspirera d’autres artistes. Incontestablement, ABBA contribue au patrimoine culturel de la musique.

 

La participation de Frida au groupe est moins focalisée sur la composition et les sorties des 45 tours des chansons. On lui accorde plus d’enregistrements qui figurent sur les albums. Même si parfois elle a envié Agnetha Fältskog de se voir attribuer une chanson à son compte, elle contribue sans faille et d’une manière toujours poussée, investie et perfectionniste aux titres qu’elles enregistrent ensemble. Là où Agnetha est en arrière chant pour soutenir Frida dans ses chansons, Frida fait de même pour Agnetha, jusqu’à même créer d’elle-même un air d’opéra dans « The day before you came ».

Frida en tire son plus grand plaisir. Toujours soucieuse à atteindre la plus haute qualité qui soit, son professionnalisme et sa discipline l’emmènent au sommet. Lors de ses apparitions, elle rayonne et semble aimer changer de style à chaque fois. C’est le début des clips vidéo qui permettent aux artistes de se promouvoir partout dans le monde sans devoir se déplacer. ABBA avait gagné le monde te Frida s’épanouit. Elle ne se fatigue jamais, se donne à cœur au spectacle et conquit le public non moins par son charme et par sa simplicité. En plein d’années disco, ABBA sort « Summer Night City ». Frida y incarne cette vie aventureuse et sauvage qu’offre la nuit. Frida est disco, elle se montre libre, avec une sensualité subtile, féminine et mystérieuse. Frida mysterious disco queen. Cézanne disait : « Lorsque la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude ». Frida incarne cette plénitude de la couleur rouge, elle est pleine, sensuelle et sexuelle, explosive, pulsionnelle. Rouge de l’interdit. Rouge de l’inaccessible, rouge de la tentation, rouge de l’envie de s’y brûler, rouge de l’intensité, elle mélange le rouge et le noir, le mystère et le dévouement, corps et âme. Ces nuits d’été dans lesquelles tout semble être possible, où les rencontres sont intenses et éphémères et où à l’aube « nothing’s worth remembering ».

 

Pourtant, si certaines sécurités semblent être acquises, l’imprévisibilité de la vie persiste et avec elle, une menace constante qui conduit à l’échec dans sa plus rude forme. La vie évolue et avec elle, chacun de nous évolue, parfois même sans s’en apercevoir. L’angoisse, la peur de se sentir un jour abandonné, l’échec mais aussi la recherche perpétuelle de l’épanouissement dans notre travail, la vieillesse, la maladie et la mort nous ramènent dans l’insécurité totale et ne peuvent qu’être assimilés lorsqu’on apprend à se connaître et à se confier à soi-même.

Constamment à la recherche de pouvoir développer ses propres désirs et de trouver un accomplissement émotionnel véritable, c’est en 1981 que son monde bascule. Benny quitte Frida pour une autre femme. Elle s’attriste : « Lorsque vous réalisez que votre amour sort par la porte pour la dernière fois, ça fait mal, et vous êtes pris d’angoisse : serais-je capable de faire face à ma vie ? Il y a tant de choses que vous devez entreprendre et aussi à ré-apprendre. Cela va des décisions importantes jusqu’au moindre détail physique et psychologique ».

Sa méthode n’est pas forcément de trouver un nouvel amour. Frida se trouve une fois de plus dans une situation où elle pensait être confortable et rassurée. Benny était son point de chute. Cette sécurité lui glissait entre les doigts. Elle devait se donner d’autres défis. « J’ai commencé à comprendre que ma petite vie bien protégée avait une réelle importance. Il est très facile de se cacher derrière le succès. Je pense que tous ceux et toutes celles qui ont connu du succès qui était si important, quand tout cela s’affaiblit, commencent à retourner aux choses simples de la vie qu’on a peut-être oubliées avec le temps. C’est le début d’une vie paisible, quand les choses matérielles ou le succès ne contrôlent plus votre vie mais que vous-même vous êtes en contrôle de votre vie. Je l’ai réalisé après la séparation de Benny. Dans une période pareille, vous êtes obligés de tenir debout. Tout ce qui m’était familier tombait en mille morceaux et je me suis trouvée dans l’inconnu. Il s’agit bien de cela : vous ne savez pas ce qui va se passer ensuite, à moins que vous vous preniez en main. C’était un vrai défi mais ça a marché. Je commençais à comprendre que ma petite vie protégée avait de l’importance et j’ai commencé à apprécier les choses ».

Deux ans à peine son divorce, Frida s’est reprise en main. Elle vend les parts qu’elle détient dans ABBA aux autres membres du groupe ainsi que ces actions dans d’autres sociétés, sans pour autant renoncer à enregistrer ou promouvoir un autre album. Pendant l’été de 1981, elle trouve refuge dans l’album solo de Phil Collins, « Face Value », qu’il a écrit lors de son divorce. Frida est inspirée et écoute l’album en boucle. Elle doit se redécouvrir. C’est à ce moment-là qu’elle décide de faire un album sans ABBA et avec Phil Collins comme producteur.

« ABBA avait duré 10 ans et d’une certaine manière, je sentais que je devais bouger. Ma vie avait brusquement changé et je ressentais le besoin de changer l’aspect musical aussi. Cet album est vraiment Frida comme je suis. J’aime cet album. Peut-être que les gens vont me connaître un peu plus qu’à travers Frida de ABBA ».

Elle montre aussi une lassitude de vivre en Suède. Son divorce fait qu’elle décide de s’installer à Londres.

« Something’s going on » sort en septembre 1982 et le ton est donné dès l’ouverture avec « Tell me that it’s over ». Le titre qu’elle a choisi pour cet album reflète exactement ce qui se passait dans sa vie. Si quelque chose était terminée, « il se passait réellement quelque chose pour moi, » dit-elle.

Très différent de son travail avec ABBA et dans ce sens peut-être plus expérimenté, « Something’s going on » est rock et sauvage, elle semble avoir une fois de plus survécu aux intempéries de la vie. « I know there’s something going on » grimpe haut dans les hit parades en Europe. Musicalement parlant, Fruda flirte avec les allures de Joan Jett and The Blackhearts et de Pat Benatar. Frida renaît : une image moins sage qu’avec ABBA, elle a désormais acquis une personnalité très prononcée, indépendante, chaleureuse, peut-être plus vulnérable comme le montre ce magnifique dessin de la couverture du disque où, plus que jamais, Frida détient la couleur rouge comme le rouge chic et élégant, le rouge de l’être abîmé et fragilisé.

Elle est très contente du résultat, même si ce n’était pas évident de travailler seule sans la production de Björn et de Benny et de l’accompagnement d’Agnetha. « Souvent, » dit Phil Collins à propos de cette collaboration, « elle me demandait ce que moi je pensais. Elle devait prendre tellement de décisions. Je lui ai toujours dit que c’était son album et qu’elle devait chanter comme cela lui plaisait. Le résultat est surprenant ». Comme si Frida était en train d’enterrer « Frida de ABBA ».

Sur la couverture on peut lire : « From the day that Phil agreed to produce this album, the hardest task began : choosing the songs. The ones that were finally picked I had a one-hundred percent feeling for, and they were chosen from the heart. I love this record. During the six weeks we spent in the studio to reach this result, an enormous amount of work was put into it by everybody involved”.

Frida : “Mon ambition était de faire le plus que je pouvais faire avec le matériel que nous avions choisi et cela n’est pas suffisant, il n’y a pas grand chose que je puisse faire. Je sais que j’ai fait attention au moindre détail ». Et Phil Collins rajoute : « Je pense que dans le divorce de Frida, elle était la partie la plus blessée. Quand elle m’avait raconté qu’elle a littéralement écouté mon album, je pense que cela lui a donné beaucoup de force. Pour la première fois, elle pouvait se libérer, faire ce qu’elle avait envie de faire ».

 

En 1984, Frida sort un deuxième album, « Shine », produit par Steve Lillywhite et enregistré à Paris. Le cœur n’y est pas, l’album est jugé trop impersonnel, les chansons choisies trop complexes, sa capacité de chant n’est nullement exploitée, Frida semble donner une image d’elle-même qu’elle n’est pas. Habillée en couleurs vives et fluorescentes lors de la promotion, ces vêtements étaient la seule chose qu’on pouvait voir briller. « On m’a souvent demandé pourquoi je ne faisais pas de musique plus adulte ou plus sophistiquée. Je ne me sentais pas une personne adulte, même si j’avais presque 40 ans. Je suis restée jeune d’esprit malgré tout. J’aime la musique rock. Ma musique s’est toujours développée comme moi j’évoluais en tant que personne ».

Sur son visage on lit la fatigue et tôt ou tard, il fallait comprendre que Frida était épuisée.

« Frida de ABBA » n’avait pas vraiment disparu et cela a certainement contribué à l’échec de l’album, bien que des années plus tard, avec d’autres évolutions dans la musique pop, l’album « Shine » a retrouvé sa brillance pour ses fans. ABBA était toujours comme une ombre présente dans sa vie, même si le groupe avait arrêté de se produire. Son style moderne, femme rockeuse des années 80 n’y ont pas contribué. Les étincelles avaient disparu et avec elles, son désir de se retirer de la musique s’est de plus en plus dessiné. « Twist in the dark » reste un titre et un 45 touts abordable et apprécié par ses fans et par elle-même. On retrouve aussi une composition de Benny et Björn, « Slowly », et pour la première fois, Frida écrit une chanson, ‘Don’t do it ». Quand on lui demande comment elle écrit, elle raconte. « De la tristesse sort toujours une création positive, quand le mal vécu trouve son expression dans la musique. Je peux aussi écrire à partir d’un sentiment de bonheur ou d’une passion et qui se développe quand vous créez ». Ses mots seront bien choisis, prudents mais pas hésitants.

« Avec « Shine » j’avais l’impression que tout cela n’avait pas de sens. Une fois de plus je me cachais derrière le succès. Il est très facile de vivre tout simplement sans ne jamais vous arrêter et de voir ce qu’il se passe. La chose la plus dure est quand vous devez changer votre vie. C’est à ce oment là que l’angoisse si bien ancrée en vous se mette en route. Il est damned difficile de changer toute votre vie et comment vous apercevez les choses qui vous entourent. J’ai alors commencé à travailler sur moi-même : à mon âge, la routine s’était installée et j’avais un comportement que j’avais développé depuis un long moment sans m’en apercevoir ».

 

Après « Shine », Frida disparaît de la scène sans pour autant renoncer au chant. Elle demande à son fan club d’arrêter ses activités. « La musique est dans mon sang », sourit-elle,  « disons que j’arrête plutôt d’être une grande star. Je peux toujours revenir en arrière et faire plutôt des concerts plus petits. L’argent n’est pas toujours tout ! Je ne suis pas faite pour vivre comme une mère au foyer, je veux bouger et rencontrer des gens. J’ai toujours envie de découvrir des lieux et de m’inspirer de toutes les sources, mais constamment jet-setting ? Non, plus jamais. Il n’y a aucun projet en vue, à part moi-même ». Et elle rajoute : « Je me sens aujourd’hui très heureuse mais je sais aussi que la dépression peut noircir le tableau. Aujourd’hui je sais mieux manipuler ma tristesse parce que je sais qu’après, tout devient positif ».

Durant toutes ces années, Frida participe à plusieurs événements, pas toujours dans l’univers de la musique. On la découvre lors d’une campagne pour préserver la nature et devient membre actif du « Det Naturliga Step » et son nom apparaît aussi dans les colonnes de la fondation « The Mentor Foundation », une organisation qui se définit comme indépendante et apolitique, crée par des gens qui se sentent concernés d’apporter de l’aide et du support dans la lutte contre la drogue, là où les gouvernements et les lois échouent. Cette fondation travaille avec l’Organisation mondiale de la santé et parmi ses membres figure la Princesse Anni-Frid Reuss. « Donner des moyens à cette fondation est pour ma part montrer du respect pour les enfants et les jeunes qui en ont le plus besoin, » écrit-elle dans un communiqué.

... Princesse Anni-Frid Reuss. En effet, en 1992, Frida s’est mariée avec le Prince Ruzzo Reuss, prince héritier d’une souveraineté de l’ancienne Allemagne de l’Est datant de 1918.

On la voit aussi dans d’autres projets : elle enregistre un titre avec le groupe Ratata, chante a capelle avec The Real Group « dancing Queen » pour les 50 ans de la reine de la Suède, Sylvia et avec qui elle noue des liens amicaux et rejoint Marie Fredriksson lors d’un concert de Roxette. Avec Marie Fredriksson, elle enregistre « Alla mina bästa ar » pour son premier album depuis « Shine ».

Cet album, « Djupa andetag », sorti en 1996 et enregistré en suédois, connaît un succès considérable. Frida a alors 50 ans et parle pour la première fois de son projet et d’elle-même. « J’ai réussi à maîtriser mes angoisses et la peur de l’abandon. L’angoisse vient au moment quand on vous abandonne. Et quand vous êtes abandonnés trop souvent... mais j’ai pu surmonter mes peurs ». C’est un album très intimiste, mature et aborde justement des thèmes de l’abandon mais aussi la force de revivre. « Aujourd’hui, je peux dire que j’en vaux vraiment la peine. Je crois être une personne humble et respectueuse envers les gens et les opinions différentes des autres. Je suis une personne sociable ce qui est l’intention même de la vie. Si vous ne l’êtes pas, vous restez en dehors de tout et vous restez seul ».

Pourtant une autre tragédie est survenue et qu’elle a su surmonter, la mort de sa fille Lise-Lotte, alors 30 ans. Deux ans après, en 1999, Ruzzo meurt d’un cancer et Frida est à nouveau plongé dans un deuil. « Ces expériences m’ont rendue plus forte. Je suis une femme qui a survécu à tout cela ». A ce propos, on peut faire référence au titre « Kvinnor som springer » (Ces femmes qui courent) et qu’elle a écrit elle-même pour son dernier album. « C’est un hymne à moi-même qui ai trouvé la force pour survivre et qui ai atteint une harmonie en soi-même. C’est aussi un encouragement à toutes ces autres femmes qui n’ont pas osé bouger encore mais qui ont l’air de prendre cette direction ».

 

Qu’est-elle devenue aujourd’hui ? Elle a vendu pour la plupart ses possessions en 2001 et n’envisage pas vraiment un retour à la chanson. Ayant investie dans la comédie musicale « Mamma Mia ! », elle apparaît souvent sur scène avec Benny et Björn pour une inauguration du spectacle. On la voyait ensemble avec Meryl Streep et Agnetha Fältskog à Stockholm et en 2009, seule avec Agnetha, elle a reçu une belle récompense pour leur carrière avec ABBA.

 

ABBA... elle sourit quand on lui demande si le groupe se reformera un jour : « Il est difficile de nous voir un jour encore ensemble puisque Agnetha n’a pas vraiment envie de se trouver dans cette situation. Pour ma part, je peux très bien m’imaginer que nous faisons quelque chose ensemble si nous pensons que cela peut être amusant, mais il ne faut pas crier qu’il ait une réunion. C’est si simple que ça ».

Alors, imaginer ? « Oui certes, mais pas une réunion comme étant le groupe ABBA. Plutôt se réunir pour faire quelque chose. Je suis convaincue que cela peut être amusant mais pour cela, il faut être quatre ».

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